Mickael Cianciotta, peintre et créateur de bijoux.

 

 

 

Pologne, Rajsk 1942

Rajsk, le village de mon grand-père, ce petit village se situe en Pologne sur la route de Bielsk-Podlaski à Bialystok.

Le 16 juin 1942, les Allemands exécutaient 149 personnes, ils ont ensuite brûlés 150 maisons et bâtiments de ferme, l'église fut démolie, les rues pavées, les voies d'accès, les fondations, les puits et même les arbres fruitiers furent détruits.

Tout ceci afin d'éffacer toute trace du village.
 
Les jeunes de moins de seize ans furent épargnés et envoyés pour travailler en Prusse.
 
En été 1945 après la guerre, la première maison fut reconstruite, mais aussi l'église orthodoxe a pu être rebâtie sur l'emplacement exact de l'ancienne. Le village est actuellement entièrement reconstruit et un mémorial a été érigé qui reprend le nom de toutes les victimes
 
Voici le témoignage de Basil, un des frères de mon grand-père.
 
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A ce moment là, j'avais 12 ans, je vivais avec mes parents Kirill et Helena et mes trois frères Nicolas l'aÎné, Michal et le plus jeune Alexandre "Szurka". La tragédie du 16 juin commença le dimanche 14 juin à l'aube.

Ce matin là, moi et deux de mes camarades, aujourd'hui décédés, avions remarqués vingt étrangers dans la propriété de Kornilo, le barbier du village. Il y avait des fusils allongés autour de la maison, moi et mes deux camarades regardions un des étrangers et son pistolet. Puis soudain apparut une automobile allemande. Cette voiture allait dans la direction de Pluticz.

A ce moment, les rebelles ont vu la voiture mais n'ont rien fait et sont retournés dans la forêt. Je retourne à la maison car Michal, qui avait 14 ans, et moi devions nous occuper des vaches laitières près du cimetière. Ensuite je suis rentré et j'ai revu la même voiture que j'avais apperçue au matin, celle-ci se dirigeait en direction du cimetière. Quand soudain les rebelles ont surgi de la forêt et ont tirés et lancés des grenades sur la voiture.

Trois hommes allemands ont tenté de fuir mais ils furent tout de suite abattus. Dans la voiture, il y avait deux femmes dont une avec un enfant dans les bras. La femme avec l'enfant fut blessée et fut emmenée chez le curé du village pour y être soignée. L'autre femme est partie se cacher dans un champ de blé. En fin de journée, tout le village était nerveux car nous avions peur des représailles. Ma maman Helena proposa à mon père de partir au village de mes parents pour attendre que les choses se tassent. Mon père refusa car il disait qu'ils n'avaient rien à voir avec tout cela et que les Allemands leur demanderaient qui étaient les responsables, personne ne serait puni.

Mais mardi vers 3 h 00 du matin, tout le village fut encerclé par les SS, la Gestapo ainsi que la gendarmerie allemande basée à Chrabolach et Bielsk-Podlaski.

On nous a dit de quitter nos maisons et nous rassembler devant l'église du village. Il y a été organisé une sorte de tribunal. Les Allemands se sont assis à une table avec une liste précise des résidents ainsi que leur données personnelles : sexe, année de naissance...

Un première sélection a été effectuée.

Tout d'abord les hommes adultes furent choisis pour être exécutés, si l'homme de la maison n'était pas présent, ils prenaient la femme ou un enfant de plus de seize ans. Dans le deuxième groupe, il y avait moi, Michal et Szurka. Nous étions prévus pour travailler en Prusse. Notre frère aîné Nicolas qui devait être tué n'était pas présent car il travaillait au chemin de fer. Ils ont donc pris notre mère pour la mettre dans le premier groupe.

Dans ce groupe, se sont réunies 149 personnes.

Tout le monde a dû s'agenouiller. A ce moment, je me souviens de mes parents qui durent avancer à genoux pendant 300 mètres jusqu'à la fosse où ils furent fusillés.

Le deuxème groupe fut transporté jusque Bielsk, de là nous pouvions apercevoir de fortes fumées émanant de notre village. Quelques jours après, nous fûmes transportés dans une ferme en Prusse.

Lorsque un jour, je travaillais avec Alexandre quand Michal fut choisi pour une autre déstination, c'est à ce moment que nous perdions le contact avec Michal.

En 1945, je retourne avec Alexandre à Rajsk. Michal s'est retrouvé en Belgique où il fonda une famille. Nicolas et Alexandre et moi habitâmes quelques années chez mes parents à Hackach. Le premier qui retourna à Rajsk était Nicolas et nous suivîmes par la suite. "
 
A la fin de la guerre mon grand-père se renseigna pour savoir ce qu'il était advenu de ses frères et du village,  mais on lui répondit qu'il ne restait plus rien là-bas. Avec d'autres Polonais, il eurent comme proposition de partir travailler dans les mines en Belgique. En 1968, Michal retourna voir ses frères en Pologne, en 1969 c'est Alexandre qui lui rendit visite en Belgique, dans les années 90 Basil vint lui rendre visite. Mon grand-père ne reverra donc Alexandre et Basil que deux fois et Nicolas un fois dans sa vie.
 
En 2011, Alexandre a ressenti le décès de Michal et cherché à reprendre contact avec lui. Mais les nouvelles qu'il reçut confirmèrent ses craintes.
 
Depuis, mes parents et moi entretenons des contacts réguliers avec cette famille exceptionnelle à plus d'un titre...
 
Remerciements : Je remercie tout spécialement Janina pour son investissement, sa gentillesse, sa disponibilité et sans qui ces retrouvailles n'auraient pas pu avoir lieu.

Aussi à Nicole de Bruxelles qui aida Janina dans ses recherches pour nous retrouver.
 
A ma famille : Alexandre, Bazil, Nicolas, Genia, Helena, Irena, Eugenia, Barbara, Halina, Raïssa, Agnieszka,Yarek, Adam, Ralf, Piotr, Krzys, Daniel, Yan et Robert, pour leur accueil chaleureux lors de ma première visite chez eux qui fût des plus intenses.  

Le mémorialValentina, Bazil, Mickael et AlexanderAu mémorial

 

Nicolas, Michal, Alexander, Bazil

Unique rencontre des 4 frères après la guerre, à Rajsk, chez Bazil, en 1968.